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Mémoire d’Histoires et Mémoires portugaises

Brest 1917 – La mère des soldats portugais

Comment ne pas s’intéresser à cette brestoise, lorsque certaines racines (raízes) sont bretonnes?

Si vos aïeuls étaient soldats du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP) pendant la I Guerre mondiale, ils ont quitté Lisboa (Portugal) pour débarquer à Brest (France) à partir de février 1917. Ils ont peut-être croisé celle que le journal «La Dépêche de Brest» nomme la «Reine de Lisbonne», en octobre 1919.

Mais qui est cette française, «Mère des portugais», nommée ainsi parce que les soldats l’appelaient maman?

Marie Marguerite Provost

Marie Marguerite Provost est née en 1869 à Landunvez, dans le Finistère, Bretagne, France. Elle décède le 4 novembre 1937 à Brest, à l’âge de 68 ans (1). Elle est alors veuve de Laurent Héliès, ouvrier de l’arsenal au port. Elle est enterrée au cimetière (2) de Saint Martin.

Marie est âgée de 47 ans lorsque les soldats portugais débarquent au port de Brest, sous la neige. Est-elle présente lorsque certains se font chaparder leur maigre pitance en boîtes de conserves par des adolescents «filous» suivant les troupes?

De nombreuses images d’époque de l’Agence Rol, agence photographique de presse, visualisent le débarquement des soldats portugais à Brest, en 1917, précédés ou accompagnés d’enfants et d’hommes (dont certains portent le drapeau allié du Portugal). Quelques rares femmes sont présentes auprès des troupes portugaises, en costume noir et coiffe blanche, y figure Madame Héliès?

Le domicile du couple, rue Pouillic-al-Lor, proche du camp portugais, et le métier de Marie, épicière, permettent cette proximité avec les soldats.

Le camp portugais de Kerangoff (Brest, Finistère)

Le port est le passage obligé des troupes alliées, travailleurs étrangers et prisonniers de guerre pendant la I Guerre mondiale. Au débarquement, en 1917, les soldats du Corps Expéditionnaire Portugais rejoignent la plaine de Kerangoff, au-dessus de la rade et du port de Brest, où est installé un camp de transit, également la caserne de la Pointe, en bordure des remparts (6). Le camp, point de départ vers le front britannique du Pas-de-Calais en 1917-18, disparaît en mai 1919 avec les troupes (4).

«Une Brestoise reine de Lisbonne» titre le journal La Dépêche d’octobre 1919

Le journal français raconte le dévouement de Marie pendant le séjour des soldats portugais au camp de Kerangoff. Elle soigne les malades, les blessés, n’hésite pas à proposer son logis en cas de nécessité. Ce qui lui vaut, auprès des soldats, le nom de «la Mère des Portugais».

En quittant Brest certains laissent leur adresse et l’invitent au Portugal, la guerre finie.

C’est donc le 3 septembre 1919 que Marie Héliès quitte Brest avec sa famille pour rejoindre Lisboa.

Le voyage s’est déroulé à bord du bâtiment Santo Antão (nom d’une île de Cabo Verde). Un déjeuner est servi par l’équipage en son honneur, en reconnaissance de son dévouement aux Serranos (surnom donné aux soldats portugais).

La Bretonne pose le pied à Lisboa le 8 au matin. Elle porte la coiffe blanche et le costume noir du pays de Léon (pointe nord-ouest du Finistère).

Comme quelques soldats portugais à leur débarquement à Brest, elle est victime à son arrivée d’un «filou». Celui-ci vole plus qu’une boîte de conserve, puisque c’est sa valise qui disparaît. L’arrivée de «la Mère» des soldats portugais fait la une du «Jornal o Século» et le Préfet la dédommage d’une somme de 1.200 francs pour le vol… Il lui fait visiter Porto dans son automobile. Plusieurs municipalités organisent théâtre et course de taureaux en son honneur, elle est ovationnée.

A son retour en Bretagne, après un mois de réceptions, elle exprime au journaliste qu’elle «était fêtée comme une Reine». Elle ne cessera, par la suite, de raconter son beau voyage et ses souvenirs.

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A la même époque, le journal portugais «Ilustração Portuguesa» lui consacre un texte, accompagné d’une photo de famille et d’un croquis, les deux la représentant avec sa coiffe blanche bretonne. L’écrit fait l’éloge de l’accueil et de l’affection apportée par Madame Héliès aux soldats portugais en France pendant la guerre et dépeint une profonde «saudade», à l’heure du départ de Lisboa, du soleil, du ciel, d’un peu d’amour pour la terre et les gens du Portugal.

Les obsèques de Madame Héliès, bienfaitrice des soldats portugais

En 1937, le journal La Dépêche rappelle l’heure de gloire de Marie Provost en 1919 au Portugal, la reconnaissance du pays à une «simple et brave femme du peuple breton»…

Un élément est nouveau par rapport à l’article de 1919. Après son retour à Brest, «un jour de Toussaint, au cimetière Kerfautras, où toutes les tombes des soldats portugais venaient d’être groupées dans un même carré», le Consul remet à Madame Héliès la Croix de l’Ordre du Christ du Portugal.

Pour honorer la mémoire de la Mère des portugais, la Mairie de Brest donne, en 2018, son nom à un jardin public, rue François II, près de l’endroit où se trouvait l’épicerie où elle accueillait les soldats.

Intitulé de la plaque de rue: Jardin Madame Héliès – Dite «La Mère des Portugais» – 1869-1937 (5).

Sources:

(1), (2), (3) La Dépêche de Brest en ligne.

(4) Le film «Le camp portugais de Kerangoff, 1917-1919», Archives municipales de Brest.

(5) Conseil Municipal du 14 juin 2018, extrait du registre des délibérations.

(6) Article «Concert donné à Brest en 1918, pour les soldats portugais. On est loin du Fado».

Photo « l’illustration portugaise »

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