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Mémoire d’Histoires et Mémoires portugaises

Blessy: Exil et mariages Luso-français

Une photo émouvante est consultée. Très émouvante : une villageoise, un soldat, des maisons bombardées.

Consultée en 2013 sur le site français de la Contemporaine (Bibliothèque de Documentation Internationale), elle a suscité l’intérêt pour les recherches de documents concernant l’histoire vécue par les aïeux. Les civils au cours de la Grande Guerre, leur exode, la « proximité » des soldats (dont ceux du Corps Expéditionnaire Portugais, CEP) près du front des Flandres ou à l’arrière : thèmes des recherches menées, approfondies et communiquées ces dernières années.

La photo est prise, par le soldat-photographe Arnaldo Garcez en octobre 1917, dans le secteur du Pont du Hem, commune de La Gorgue (Nord). Les soldats portugais y cantonnaient, à proximité des premières lignes du Pas-de-Calais. Elle évoque les bombardements et les maisons en ruines, la cohabitation des soldats avec les civils restés près du front.

J’ai longtemps imaginé que ce pouvait être mon arrière-grand-mère, qui habitait alors près de Laventie, longue robe sombre, cheveux relevés. Non. Elle avait 40 ans, ce qui n’est pas le cas de cette vieille dame sur laquelle le soldat portugais semble porter un regard bienveillant.

L’image est forte en représentations mentales car la famille est restée près du front des Flandres, la quasi-totalité de la guerre (3 enfants sont nés à cette période, décédés en bas-âge). L’offensive allemande, lors de la Bataille de La Lys d’avril 1918, a mis fin à cette « proximité » avec les soldats et le front.

Dans le secteur du Pont du Hem, abris en béton et en tôles, ambulances, cantonnements portugais ont laissé place aujourd’hui à un cimetière militaire britannique, d’où les sépultures de soldats du CEP ont été déplacées après-guerre vers le Cimetière militaire portugais de Richebourg.

Pourquoi la petite commune de Blessy, à l’arrière du front portugais ?

De La Gorgue commune du domicile, l’évacuation des civils s’est faite vers Blessy, à une trentaine de kilomètres. L’acte de mariage d’un enfant atteste la présence des arrières-grands-parents maternels, réfugiés à Blessy en octobre 1918 (1). Une trace, dans l’Etat civil, existe de leur retour dans le Nord en reconstruction en 1922. Que s’est-il passé pendant 4 ans ?

Blessy est une commune du Pas-de-Calais située à quelques kilomètres de Mametz – camp d’entrainement des soldats portugais, Aire-sur-La-Lys et Roquetoire – Quartiers généraux portugais, Thérouanne – cantonnement, et bien d’autres petites communes où étaient présents les soldats à l’arrière du front pendant la I Guerre mondiale.

Le soldat-photographe Arnaldo Garcez a immortalisé les soldats portugais dans le secteur de Blessy, entraînement aux armes et grenades, atelier de réparations d’automobiles aux Tourbières (nom donné à d’anciens marais communaux exploités pour leur tourbe).

Afonso da Silva Maia, spécialiste de la participation des soldats du CEP en France, a raconté la présence des soldats à Blessy. Il a retrouvé un soldat nommé Manuel Dias du district de Guarda, mort par électrocution le 5 juin 1917. Initialement enterré au cimetière communal de Blessy, aujourd’hui la sépulture se trouve au Cimetière de Richebourg.

Lorsqu’il a écrit l’histoire de son grand-père soldat du CEP, il a évoqué le 15 avril 1918, date à laquelle les éléments restant du Régiment d’infanterie 11 étaient regroupés à Blessy.

Il s’est également exprimé, à la chaîne portugaise RTP en 2016, concernant les inscriptions faites lors de la Guerre par des soldats portugais sur les pierres blanches de l’église de la commune.

Mariages mixtes luso-français

Les tables annuelles, de la commune de Blessy aux Archives départementales du Pas-de-Calais, attestent de l’installation d’une Communauté portugaise après-guerre. En 1920, quatre mariages de Portugais (dont soldats du CEP) avec des Françaises, pour une commune de moins de 600 habitants.

Hermínio Pereira est fils de Francisco et Bresida Perpétua, cultivateurs. De Cadaval, il épouse Constance Bonsart le 28 août 1920 (il signe Hermínio Pereira Manuel). Ouvrier mineur, un dossier des mines de Lens retrace le parcours de l’ancien soldat du CEP en France. Il est naturalisé français en 1927 et a des enfants. Il est décédé en 1935 d’un accident de moto. Son portrait datant de 1926 est issu des Archives nationales du monde du travail à Roubaix. Il est noté le chiffre 16 pour Fosse n°16 des mines de Lens, la photo a été prise lors d’une visite médicale.

João José d’Almeida de Lisboa, épouse Marie Joséphine Gamelin le 17 avril 1920. Ancien soldat du CEP et ouvrier mineur, il est fils de Francisco ‘peintre en voitures’ et de Ana Rosa Teixeira. Le mariage légitime la naissance à Blessy d’un garçon François, né le 12 juin 1919. A noter le témoin du mariage, (H)Orácio António cordonnier à Aire-sur-La-Lys. A noter que Marie Gamelin est née aux Tourbières, où les soldats portugais entretenaient leur parc automobile.

António Teles épouse Elise Pruvost le 20 mai 1920 (il signe António Manuel Teles). Ancien soldat du CEP et carrier, il est fils de José et Augusta de Vidigueira, au Portugal.

Zeferino Soares Mendes (sa signature) ouvrier mineur, de Vila Nova de Gaia, épouse Aline Lemaire le 25 septembre 1920. Il est fils d’Evariste, maçon et d’Angelina Pereira, tisserande. Pas de bulletin militaire de soldat du CEP trouvé à ce jour aux Archives historiques militaires portugaises. Il est témoin, en août, du mariage de Hermínio Pereira, cité plus haut.

Rm: Orácio António, de Mirandela, témoin du mariage de João d’Almeida cité plus haut, est également un ancien soldat du CEP, dont le dernier domicile connu est Aire-sur-La-Lys, en mai 1919.

Après les communes de La Gorgue (Nord), Mont-Bernanchon, Ambleteuse,… une autre analyse d’une présence d’une Communauté portugaise à Blessy (Pas-de-Calais) après la I Guerre mondiale, du fait de l’installation des soldats en France.

Notes:

(1) Vivre près du front

Photo Archives nationales du monde du travail

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